Politique, économie, ressources humaines, vol : les enjeux pour la gestion de vos magasins
À l’occasion des 25 ans du Comité sectoriel de main-d’œuvre du commerce de l’alimentation (CSMOCA), les principaux acteurs du secteur du détail alimentaire au Québec se sont réunis pour discuter des grands enjeux actuels et des défis à venir. Qu’ils soient d’ordre politique (avec les nouvelles règles sur la consigne) ou économique (en tenant compte des nouvelles aspirations des consommateurs pour les produits locaux), plusieurs thèmes ont été abordés, notamment la pénurie de main-d’œuvre et la recrudescence des vols. Détaillant Alimentaire vous résume les points saillants.
« Il y a eu des changements mineurs sur nos opérations », constate Pierre-Alexandre Blouin, président-directeur général de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ). Ce dernier fait référence aux allégements réglementaires promis par Québec pour faciliter la gestion des commerçants. En exemple, l’abolissement du prix plancher de l’essence en juin dernier, qui « protège la compétitivité au lieu de la faciliter ». Le gouvernement soutient que la mesure permettra une plus grande concurrence et donc de meilleurs prix pour les consommateurs. À l’inverse, l’ADAQ s’inquiète que l’abolition du prix plancher puisse conduire à une guerre des prix qui avantagerait les grandes bannières au détriment des petites stations indépendantes, notamment en région. Celles-ci pourraient fermer leurs portes si elles ne peuvent pas couvrir leurs coûts.
Pour Pierre-Alexandre Blouin, la gestion d’un commerce de dépanneur par exemple est de plus en plus difficile. « Sans exagérer, il faut 47 permis différents et des autorisations à n’en plus finir ».
Difficile arrimage avec le gouvernement
Les bonnes intentions sont là mais le gouvernement ne facilite pas les choses. Pour Michel Rochette, président du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), la gestion des résidus et le gaspillage alimentaire manque de cohérence. « Il y a beaucoup d’acteurs avec quatre politiques différentes selon les ministères qui ont du mal à communiquer entre eux. Difficile ainsi d’aborder le long terme sur le terrain. Les défis sont grands », assure-t-il.
Le dossier de la consigne est assez révélateur des ambitions du gouvernement, certes louables, mais décalées des réalités que vivent les détaillants sur le terrain. « C’est quelque chose qui vient me chercher, prévient Michel Dépatie, propriétaire et gestionnaire de Metro plus Dépatie à Laval. Je suis très craintif des annonces faites avec l’ouverture de 400 nouveaux centres Consignation d’ici 2027. On n’est même pas à 100 aujourd’hui. On ne peut pas reprendre toute cette matière dans nos magasins, ce n’est pas possible ! »
Le virage local
La situation a changé drastiquement depuis l’arrivée de l’administration Trump chez notre voisin du Sud. Les chaînes d’approvisionnement prennent le virage du local québécois et canadien à 180 degrès. « On aurait pas pu faire mieux comme publicité pour promouvoir les produits d’ici », rigole Michel Dépatie. C’est aujourd’hui un beau défi pour tous les détaillants d’être capable de s’approvisionner le plus localement possible avec la fraîcheur et l’accessibilité et répondre aux demandes des clients qui ne cessent de chercher les produits québécois. L’enjeu se situe plus particulièrement sur la régularité des approvisionnements en fruits et légumes, en particulier en hiver. « Les salades américaines, qu’on le veuille ou non, sont encore là », constate Pierre-Alexandre Blouin. Compléter les étalages avec des produits d’ailleurs est une réalité.
Les changements climatiques affectent aussi les approvisionnements avec moins de régularité sur les tablettes à différents moments de l’année. « Expliquer au client prend du temps. Mais ce temps est indispensable à prendre pour changer les habitudes aussi », souligne-t-il.
Garder sa main d’oeuvre
« C’est un dossier qu’il faut éviter de rendre politique, pense Michel Rochette. Il y a malheureusement beaucoup de perception sur l’immigration mais dans nos magasins, c’est concret. Nous avons des employés qui ne pourront pas être remplacés ». L’enjeu n’est pas nouveau dans l’industrie du détail, mais bien toujours sur la table des discussions.
« On manque de bras et les gens vieillissent », résume Pierre-Alexandre Blouin. Le manque d’expertise constitue un problème récurrent pour de nombreux magasins en particulier en région. Le défi de poursuivre les opérations et d’assurer une qualité de service se pose à certains endroits.
Les vols organisés
Ce n’est pas nouveau et le problème est maintenant reconnu par les autorités policières. Ces vols, qui sont dorénavant plus en lien avec du crime organisé et des réseaux structurés, compte pour 9 milliards $ de marchandises en 2024, selon un sondage du CCCD auprès de ses membres, tous commerces de détail confondus. « On ne parle pas des petits vols de personnes qui ont du mal à manger », explique Michel Dépatie. Pour Pierre-Alexandre Blouin, défendre les intérêts des commerçants est primordial vis-à-vis du politique. « Il y a le renforcement de la sécurité dans les magasins en jeu mais il faut aussi assurer un équilibre pour les clients ». Sans occulter l’existence du vol en interne, les principaux acteurs de l’industrie s’accordent sur les conséquences économiques des vols organisés.
Le CCCD, en collaboration avec les corps policiers du pays, avait mis sur pied des blitz durant lesquels détaillants et policiers s’assoient ensemble autour de la table pour trouver les meilleures façons de freiner l’explosion des vols.