Les épiceries alternatives se taillent tranquillement une place au Québec
Une équipe de recherche de l’Université Laval menée par Ali Romdhani a recensé près de 280 épiceries avec un modèle d’affaires alternatif au Québec en 2025. On parle ici de détaillants alimentaires, souvent indépendants, qui viennent offrir des alternatives aux géants de l’industrie et à leurs pratiques commerciales ou simplement servir les communautés laissées pour compte.
Ces commerces alternatifs sont dispersés à travers la province, mais se présentent dans des formes différentes selon le contexte. « En ville, on va retrouver principalement des épiceries solidaires et des épiceries zéro déchet. Mais quand je dis en ville, il ne faut pas juste penser à Montréal et à Québec où c’est vrai qu’il y en a beaucoup, mais aussi à Sorel, à Sherbrooke, un peu partout dans les centres urbains », remarque Ali Romdhani.
Les épiceries solidaires, souvent des OSBL, ont la particularité d’avoir comme principal objectif celui de fournir des denrées bon marché à des communautés souvent vulnérables. « Bien souvent, elles vont offrir d’autres services, comme une cuisine communautaire par exemple, ou elles vont faire du dépannage alimentaire. Il y a même des hybrides où l’on retrouve une sorte de mixte entre la Banque alimentaire et l’épicerie solidaire », précise le chercheur.
En milieu rural et en région éloignée, on retrouve plutôt des épiceries coopératives. « Souvent, ça va être des petites épiceries qui vont être dans des déserts alimentaires, dans les villages où l’épicerie du quartier a été fermée. Puis souvent, ça va être la communauté qui va reprendre en main le local pour finalement offrir un service de proximité. On en a beaucoup au Québec des dépanneurs qui sont formés en coopérative, même si on ne s’en rend pas toujours compte », observe-t-il.
Cette offre est souvent complétée par des marchés fermiers. Dans la majorité des cas, ils sont une forme de distribution alimentaire organisée par des communautés pour servir ces communautés mêmes. « Et on le voit de plus en plus, l’offre alimentaire de ces marchés fermiers ne se limite pas à des fruits et des légumes, on y trouve toutes sortes de produits transformés, souvent localement », souligne Ali Romdhani.
« À ça on peut ajouter quelques modèles originaux, comme les modèles en ligne comme les fermes Luffa, il y a vraiment plein de belles initiatives, un peu partout », poursuit-il.
Pour le chercheur, ces modèles alternatifs portés par les détaillants alimentaires indépendants sont une des clefs pour transformer notre système alimentaire et permettre les changements qui s’imposent face aux défis liés à l’environnement et à la justice sociale.
« Il y a beaucoup de consommateurs qui souhaitent des changements et il y a aussi beaucoup de producteurs et d’agriculteurs qui souhaiteraient adopter d’autres façons de faire, mais entre les deux, il y a une poignée de grands producteurs qui détiennent énormément de pouvoir et qui empêchent en quelque sorte les choses de bouger », explique-t-il.
D’après lui, la force des différents modèles d’épiceries alternatives réside dans le fait qu’elles viennent former de nouveaux réseaux de solidarité entre les plus petits acteurs du secteur alimentaire qui permettent en retour de penser les choses autrement au bénéfice de tous et toutes.