Liquidation Marie se prépare à livrer : un défi immense
On se demandait quand ça allait arriver. Renforcées par un prix du panier d’épicerie toujours élevé, les bannières de liquidation connaissent un succès certain depuis quelques années. En croissance exponentielle avec une dizaine de succursales ouvertes, Liquidation Marie saute le pas en annonçant la création de sa plateforme d’épicerie en ligne cette année. Toutefois, des interrogations existent concernant sa mise en œuvre.
Un casse-tête logistique
Si l’entreprise promet « les mêmes produits de qualité à prix liquidation » et des économies allant « jusqu’à 80 % sur vos achats alimentaires, livrés directement chez vous », le modèle d’affaires sur lequel la bannière se fonde complexifie la tâche.
Entre la mise en ligne, la commande, la préparation et la livraison, le temps est compté. Le moindre retard peut rendre le produit invendable, voire non conforme. Par ailleurs, la variabilité de stocks est un paramètre clé. Les produits en liquidation ne sont ni stables ni prévisibles : quantités limitées, assortiment changeant, disponibilité incertaine. Cela rend complexe la gestion d’un catalogue en ligne fiable et à jour.
On peut ajouter un troisième enjeu propre à l’ajout d’un service : la rentabilité. Les produits étant déjà remisés en magasin, comment rentabiliser en ajoutant des coûts de préparation et de livraison (coût du dernier kilomètre notamment) ? Sans volume ou panier moyen suffisant, le modèle est très vite déficitaire, d’autant plus sur des produits alimentaires de base sans valeur ajoutée spécifique.
L’enjeu de la perception du client
Autre questionnement peu abordé. Venir en magasin pour acheter des produits proches de la date de péremption est rassurant. Le client voit, choisit. En livraison, la confiance accordée à un préposé aux commandes est fragile, on le voit déjà pour des bannières "classiques". Pour des produits proches de la date de péremption, c’est encore plus difficile. Cela peut freiner l’adoption d’un tel service pourtant plébiscité dans d’autres bannières (hors liquidation).
On comprend pourquoi Liquidation Marie veut se lancer dans la livraison. Reste à savoir comment l’opérationnel peut fonctionner efficacement. Créneaux de livraison très courts, zones limitées, paniers « surprises ou lots » à la manière de Too Good to Go, quel modèle est le plus adapté ? Un test à suivre de près pour l’industrie.
Selon la fondatrice Marie-Eve Breton, le projet est en cours de déploiement et devrait se concrétiser d’ici la fin de l’année.