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Heures d’ouverture : la déréglementation est-elle nécessaire ?
Alors que les auditions publiques du projet de loi 85 sont un peu éclipsées par la menace des tarifs douaniers américains, une partie de celles-ci concerne les détaillants alimentaires.
Alléger le fardeau réglementaire et administratif qui pèse sur les entreprises. L’objectif est louable et les entrepreneurs sont généralement favorables à de telles mesures. Seulement, une des dispositions du projet de loi viendrait modifier la Loi sur les heures et les jours d’admissions dans les établissements commerciaux, pour autoriser les magasins d’alimentation à avoir un nombre illimité d’employés sur le plancher en soirée.
Par ailleurs, le gouvernement permettra également la création de projets-pilotes pour l’ouverture de commerces sur des heures étendues.
Les dépanneurs inquiets
Le nombre d’employés est aujourd’hui limité à quatre personnes la semaine après 21 heures ainsi que la fin de semaine après 20 heures. Pour les grandes enseignes, il est tellement difficile d’assurer un service adéquat avec si peu d’employés que la majorité d’entre elles seraient contraintes de fermer.
Avec cette potentielle modification du projet de loi et donc l’autorisation d’avoir plus de quatre employés le soir, certains détaillants alimentaires sont moins catégoriques. En premier lieu, les dépanneurs qui vivent surtout en soirée.
« Actuellement, il y a un équilibre, mais un projet comme celui-là va favoriser les grandes surfaces, tout particulièrement les magasins corporatifs, qui vont pouvoir mettre plus d’employés et ouvrir le soir », note André Forget, propriétaire de dépanneurs Beau-Soir dans La Presse. Il craint pour ses affaires et les autres dépanneurs québécois.
Le ministre délégué à l’économie, Christopher Skeete, n’est pas de cet avis. « Je pense que c’est deux types de clients différents. On a une entreprise de proximité. Quand j’ai besoin de ma pinte de lait ou quand j’ai besoin d’aller au dépanneur bien, je sais que je m’en vais au dépanneur. Je ne vais pas substituer ma visite au dépanneur en allant à l’épicerie », assure-t-il. Ce dernier précise qu’il n’est pas question de laisser des commerces ouverts 24h sur 24h. « Il y aura des balises » pour les projets pilotes.
« Ça ne va rien changer pour nous »
Si elle devait être appliquée, cette mesure n’inquiète pas Alexandre Dufresne, propriétaire de l’épicerie indépendante Basta à Montréal. Il en avait d’ailleurs « vaguement entendu parler ». « Ça ne va rien changer pour nous. Les clients vont se déplacer de la même manière selon leurs habitudes. Et puis, à Métro qui a déjà vu seulement quatre employés le soir », pense-t-il.
De son côté, l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA) a souligné que la disposition « suscite de vives inquiétudes chez les détaillants en alimentation » dans le mémoire qu’elle a soumis à la Commission.
« À terme, la libéralisation des heures d’ouverture pourrait causer préjudice à certains détaillants indépendants. Il serait notamment difficile pour certains de concurrencer à armes égales des multinationales étrangères, » précise-t-elle dans son mémoire.
Les consultations publiques venant de se conclure, l’étude détaillée du projet de loi, dernière étape avant son adoption, devrait débuter dans les prochaines semaines.