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Crédit photo: Essai d'étiquetage environnemental à l'épicerie le Détour à Montréal /TATQ

Étiquetage : si on révélait aux consommateurs l’impact environnemental des produits ?

5 mai 2026 | Par Bastien Durand

L’étiquetage des produits sur les tablettes évolue de manière significative depuis quelques années et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Dans la foulée, un nouvel étiquetage fait son chemin : le classement environnemental. Détaillant Alimentaire s’est entretenu avec Victor Bonnici, cofondateur de Transition AlimenTerre Québec (TATQ), une OBNL fondée en 2024, qui réfléchit à la manière de l’apposer sur les produits d’épicerie.

La première interrogation qu’on peut avoir est la suivante : est-ce que les consommateurs sont aujourd’hui réceptifs à cette information dans le contexte d’inflation alimentaire que l’on connaît. Autrement dit, est-ce que rendre visible l’impact environnemental d’un produit influence le choix des consommateurs alors que le porte-monnaie est aujourd’hui le facteur numéro un dans la décision d’achat d’un produit à l’épicerie ?

« On pourrait penser que ce type d’étiquetage s’adresse à une niche de consommateurs, mais plus de la moitié des Canadiens sont intéressés à intégrer l’environnement dans leurs habitudes d’achat, assure Victor Bonnici, en se référant à une étude d’Environnement Canada. Par contre, lorsqu’on regarde plus précisément quel type d’action est portée, on retrouve davantage les solutions contre le gaspillage alimentaire. Pourtant, la façon dont est produit un aliment a beaucoup plus d’impact sur l’environnement ».

Combler un besoin d’information

Le prix reste le premier paramètre que le consommateur prend en compte dans sa décision d’achat. Sans aucun doute. « Notre projet n’existe pas pour nécessairement modifier les habitudes de consommation mais pour combler un besoin des consommateurs à l’épicerie qui veulent intégrer des considérations environnementales dans leur choix mais qui n’ont pas l’information. Ils l’ont pour la nutrition mais pas pour l’environnement », explique Victor Bonnici.

Dans le baromètre de la consommation responsable édition 2025 publiée par l’ESG UQAM, une statistique vient corroborer ce manque d’information : 75,8 % des Québécois n’ont qu’une connaissance limitée ou partielle de l’impact des produits (toutes catégories confondues) qu’ils consomment.

Des repères possibles

Rendre disponible et lisible un tel indicateur reste encore compliqué même si des données existent. En France, l’Agence de transition écologique (ADEME) travaille sur le sujet depuis 2018. Avec des moyens plus importants que l’OBNL québécoise, il est possible de calculer un score pour les aliments de base comme les fruits et légumes ou les condiments mais aussi des plats ou des produits laitiers. Les émissions de GES, la consommation d’eau, l’utilisation des terres agricoles, l’impact sur la biodiversité sont des données assez génériques et facilement exploitables.

La plateforme française est une source d’inspiration méthodologique pour le Québec, mais l’OBNL s’entoure aussi de ressources locales existantes. Depuis plusieurs années, en milieu institutionnel, les services alimentaires de quelques établissements de santé et universitaires comme le CHU Sainte-Justine ou encore le projet du Centre international de référence sur l’analyse du cycle de vie et la transition durable (CIRAIG) à Polytechnique travaillent sur des mesures spécifiques pour les aliments.

Le « hic » se situe au niveau des produits transformés. « Ce sont des recettes industrielles brevetées et donc par conséquent, non publiques. Essayer de calculer un score sur un produit transformé est encore assez hasardeux aujourd’hui », admet Victor Bonnici.

« On se dirige vers la voie universitaire pour les calculs des scores ou une autre structure spécialisée en cycle de vie. On a pour ambition de construire une plateforme en ligne pour expliquer la méthode de calcul aux consommateurs. »

Des étiquettes environnementales imaginées par TATQ / TATQ

Tester le concept

TATQ travaille actuellement sur un projet pilote en collaboration avec Le Détour, une épicerie indépendante dans le quartier de Pointe-Saint-Charles à Montréal pour investiguer les possibilités et comprendre les contraintes des épiciers. « Le contexte des épiceries indépendantes est beaucoup plus flexible pour intégrer ce type d’étiquetage, d’autant plus qu’ils ont pour la plupart une volonté de le faire », rapporte Victor Bonnici.

En Norvège, Oda, une épicerie propose déjà un aperçu des émissions de GES des produits vendus avec un « ticket carbone » publié en partenariat avec un centre de recherche sur le climat. « Notre objectif est d’offrir à tous les clients d’Oda une vision aussi claire de leurs émissions liées à leur alimentation que de leurs coûts alimentaires », peut-on lire sur leur site internet.

Pour l’heure, l’OBNL doit aussi lever des fonds. « Ça prend des coûts très élevés d’aller chercher des données. On fait ça bénévolement à ce stade », témoigne le cofondateur.

Le but du projet de TAQT est de tester le concept et de voir s’il peut s’instaurer facilement en épicerie. Il y a un aspect logistique évident à venir intégrer encore un nouveau type d’affichage et un travail en amont à faire auprès des consommateurs.

L’effort déployé par l’organisme montre l’intérêt grandissant à rendre lisible toujours plus d’information au consommateur à l’épicerie. Et l’impact environnemental sera l’un des prochains ajouts. La demande est là pour ceux qui arriveront à la combler.

Mots-clés: Québec