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Crédit photo: Archive Détaillant Alimentaire

Derrière Alicia Sanchez, un homme qui laisse sa marque

15 septembre 2026 | Par Sophie Bordes

Déjà plus de quatre ans que Pierre-Luc Cullen, un ancien de la restauration, a eu l’idée de lancer Alicia Sanchez, son concept hybride d’épicerie fine et de restaurant. Situé sur la Rive-Sud de Québec, le commerce poursuit son expansion avec à sa tête un épicurien, autant passionné de bouffe que du service à la clientèle.

« Nous, on aime dire qu’on est les pros de l’apéro. Une belle foccacia avec un humus ou une tapenade d’olives, un brie fondant, des dattes farcies enroulées de prosciutto… On est beaucoup en mode petites bouchées », explique Pierre-Luc Cullen.

Une offre à plusieurs volets

Avec la fermeture des salles à manger, l’ancien sommelier de formation saisit l’opportunité de la pandémie pour offrir aux consommateurs une nouvelle façon de se restaurer. Il propose alors un nouveau lieu de gourmandise aux accents méditerranéens, comme son nom l’indique, « où les clients pourraient manger et boire », mais aussi commander en ligne.

On y retrouve un comptoir de prêt-à-manger avec sandwichs, croissants et salades du jour, des plateaux de charcuterie à emporter, des tapas, des pizzas, un service de boulangerie et de viennoiseries, toujours frais du jour, des cafés servis toute la journée et des vins aux prix accessibles.

« Ici, on fait des beaux plateaux à base de charcuterie artisanales et de fromages fins, avec olives, marinades et noix. Ce qui nous distingue, c’est que les clients, grâce à notre permis restauration, peuvent repartir avec leur pain, une bouteille de vin et même des petits desserts, souligne le fondateur. On aime se décrire comme un facilitateur, parce que les gens n’ont pas besoin de faire quatre arrêts, ils trouvent tout chez nous », ajoute-t-il.

Alicia Sanchez se distingue par une offre de vins variée, entièrement issue de l’importation privée. En misant sur les volumes, l’épicerie est en mesure d’offrir des prix raisonnables, loin des marges pratiquées dans les restaurants.

Alicia Sanchez épicerie

La clientèle a accès à des produits locaux, mais aussi à des importations européennes provenant notamment d’Italie, de France, d’Espagne et du Portugal. « On aime se promener ici et ailleurs. Tant que c’est bon, que c’est beau, que le prix est intéressant et que le packaging est clean, je suis preneur. Je crois qu’on magasine beaucoup avec les yeux, et qu’on mange aussi avec les yeux. »

Parce qu’elle n’est ni pâtissière ni boulangère, Alicia Sanchez travaille avec des partenaires qu’elle a soigneusement sélectionnés, que ce soit Épiphanie pour son pain, ou Bonheur des pains pour ses cannelés bordelais. De nombreux petits producteurs collaborent avec l’épicier, qui reste toujours ouvert à de nouveaux partenariats.

D’ailleurs, la pizza étant un produit très en demande en ce moment, pas moins de 10 fournisseurs ont été essayés avant de choisir l’artisan qui fournit la pâte à pizza, vendue aussi sur place « pour des peanuts », sourit Pierre-Luc.

L’épicerie fine est entourée par une grosse offre alimentaire de supermarchés comme IGA, Metro, Maxi, Super C. « Cette compétition ne nous nuit pas. Les gens viennent chez nous pour des produits nichés difficiles à trouver ailleurs et sont prêts à payer pour. Notre burrata arrive d’Italie chaque semaine. On offre à la coupe une mortadelle à la pistache qu’on retrouve nulle part, dit-il fièrement. Les fromages, c’est notre force. On reçoit les meules puis on les portionne nous-mêmes à la demande du client. Terrine de pâté, rillettes, on travaille à la coupe. Ça fait partie d’une de nos valeurs ajoutées. »

Reconnue pour son service à la clientèle

La brigade d’Alicia Sanchez compte une vingtaine d’employés, dont Ann, une femme retraitée de plus de 70 ans qui est là depuis le jour 1.

« Elle travaille avec nous parce qu’elle aime le contact humain. Ann, c’est mes yeux, elle est comme une maman pour l’équipe et quand je ne suis pas là, c’est elle qui inculque les valeurs de l’entreprise aux nouveaux », relate le copropriétaire.

Les qualités qu’il recherche chez ses jeunes employés dont de nombreux étudiants : autonomie, jovialité, proactivité.

« Dès que la porte s’ouvre, que la personne entre ou sorte du magasin, les salutations sont un incontournable ici. Et je veux des gens sérieux, travaillants, qui se relèvent les manches, qui respectent les termes du contrat et n’appellent pas malades parce qu’ils ont fait le party la veille. Ça n’arrive jamais chez moi », assure l’épicier.

La qualité de l’accueil est un élément que le patron enseigne d’emblée aux nouveaux membres de l’équipe. « Les gens viennent beaucoup pour l’ambiance, le service, ça c’est sûr, c’est notre point fort. Ça ressort beaucoup dans les commentaires sur Google, sur Facebook, etc. »

Ici, on porte une attention particulière au client tout le long de son parcours. L’entrepreneur croit qu’il faut stimuler les cinq sens. Il insiste pour que la boutique soit belle et propre, que l’ambiance sonore soit agréable et que l’odeur, constante toute la journée, soit attirante.

Alicia Sanchez épicerie

« Chez nous, ça sent bon. On a un parfum de romarin de citron qui est diffusé en continu, donc le nez est stimulé. Aussi, on peut toucher les produits, tout est accessible », spécifie l’homme d’affaire.

Il y a une pratique qui fait partie des us et coutumes de la maison : inviter les visiteurs à goûter tel ou tel produit. Une stratégie efficace pour mettre l’eau à la bouche et augmenter les ventes.

« Au début, les gens sont surpris et hésitent. Puis une fois qu’ils ont savouré et rouvert leurs yeux, ils achètent. J’oblige d’ailleurs mes employés à goûter et déguster tous les produits pour qu’ils soient capables de les présenter », raconte Pierre-Luc Cullen.

Située à côté du centre aquatique de la ville de Lévis, l’épicerie attire les familles qui viennent faire des activités les fins de semaine. « Le vendredi, le samedi, le dimanche, avec les cours de natation, les cours de danse, notre clientèle est très familiale. Sinon, en semaine, la clientèle arrive à partir de 11h parce que le menu du midi, qu’on prépare dans notre cuisine, est très populaire », souligne le fondateur.

Réputé pour son entregent et sa facilité à créer des liens, Pierre-Luc occupe une place importante dans l’épicerie. Il connaît tout le monde et tout le monde le connaît. Oserait-on dire que les clients viennent pour lui, pour sa personnalité joviale et son accueil chaleureux ? Il s’en défend à demi-mot, car il préfère mettre en avant son équipe. Mais de toute évidence, il contribue largement au succès de son commerce.

En essayant de se détacher parfois du plancher pour laisser plus de place à ses « collègues », comme il les appelle, l’entrepreneur devient très actif sur les réseaux sociaux. « Je mets ma face un petit peu partout. On fait des capsules. J’aime déguster tout. J’aime montrer que c’est bon », avoue-t-il.

Alicia Sanchez épicerie

Bâtir une marque qui dépasse ses fondateurs

Malgré l’inflation et la hausse des prix causée par celle des matières premières, l’achalandage du magasin est toujours en croissance. « Mes mois actuels sont toujours meilleurs que mes mois précédents », reconnaît le propriétaire.

D’ailleurs, Pierre-Luc Cullen et son cousin Philippe Cullen, qui demeure son associé malgré un retour à son métier de soudeur, voient grand pour ce petit commerce de 700 pieds carrés.

« Dès le début, on voulait avoir un nom qui soit porteur et d’une plus grande envergure que simplement nous deux. Notre épicerie aurait pu s’appeler Les deux gourmands, mais on voulait un nom signature qui soit évocateur, qui devienne une marque au-delà de la simple boutique et qu’on ne sache même pas qui se cache derrière ce brand », déclare le fondateur. Alors, en se creusant les méninges, ils ont trouvé un nom unique, inspiré du prénom de sa fille Alice.

Aujourd’hui, l’entrepreneur souhaite ouvrir une autre boutique. Chaque semaine, on lui propose un local. Mais son ambition est plutôt de voir pousser des antennes Alicia Sanchez un peu partout au Québec, sous une forme simplifiée et facilement reproductible.

« En plus de ces petits satellites, je voudrais lancer ma gamme de produits Alicia Sanchez. On fait la production de piment fort dans ma famille alors j’aimerais produire un confit signature, avoir notre sauce piquante ou notre huile infusée avec nos herbes à nous », confie Pierre-Luc Cullen.

Parmi les « 100 projets » qu’il a dans la tête, l’épicier nourrit celui de commercialiser cinq produits d’ici 2027. Objectif : faire rayonner la marque Alicia Sanchez le plus loin possible, en commençant par les tablettes des épiceries fines. Et cela, c’est sans compter le lancement d’une autre entreprise en collaboration avec sa conjointe.

A-t-il un conseil pour quelqu’un qui voudrait ouvrir son épicerie ? « Choisir ce métier par passion, ne pas compter ses heures et l’argent ne sera pas qu’un résultat, mais une récompense ». Et vous, partagez-vous ce point de vue ?

Mots-clés: épicerie fine